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Éditorial d’avril 2008

L’enthousiasme des sports

Pourquoi vouloir investir dans la mobilisation et l’impression de pamphlets (que peu de gens lisent)? La question mérite d’être posée, car pour une énième fois, on remarque que la grève n’enthousiasme pas beaucoup de gens.

Tout compte fait, si plus de la moitié du budget va dans les sports, c’est parce qu’il y a une raison. Effectivement, on peut constater que cet argent investi dans les sports sera utilisé et que les sports ont pour but de mobiliser dans l’enthousiasme tous les étudiants d’Histoire indépendamment de leurs opinions politiques.

Qui plus est, rare sont les années ou le département a enfilé les honneurs : quarts de finale au hockey cosom et sur glace, septième place en escalade et troisième place au soccer intérieur. Inutile d’ajouter que l’argent placé dans la mobilisation et la grève ne donne pas l’impression d’être utilisé. Comme si ce n’était pas assez, lorsque moins du tiers des trente et quelque personnes en faveur de la grève se sont présentées pour le piquetage, plus de 200 étudiants ont eu l’impression que la grève de cinq jours fut utilisée comme des vacances. Cherchez l’erreur…


Go Habs Go!

Malgré un début de saison fort discutable, nos Glorieux de Montréal nous ont montré qu’ils méritent une place dans les séries. Après quinze ans d’attente, peut-on rêver au retour de la coupe Stanley à Montréal? Nous le disons haut et fort : oui, mesdames et messieurs! Espérons juste que les jeunes joueurs du Canadien sauront acquérir « sur le tas » de l’expérience dans les séries éliminatoires.

Finalement, bonnes vacances à vous tous chers enthousiastes d’Histoire et au plaisir de vous revoir pour nos prochaines aventures estudiantines dès septembre!

Réponse unilatérale aux propos nostalgiques de mon collège Kevin Audet-Vallée, dans le contexte des années 2000, par Félix B-LaFlamme.

Que cela vous plaise ou non, le Parti communiste n’est pas mort. Il en existe encore des branches bien vivantes dans le monde d’aujourd’hui. Tout comme bon nombre de choses qui étaient déjà présentes dans les années 1990, à commencer par les lunettes géantes (mouche). La mode est de retour, sauf qu’aujourd’hui, leurs verres sont fumés. Même la nuit. Allez savoir!

Et qui voudrait de cinq Power Rangers américains alors qu’on peut avoir des CENTAINES de Pokémon, directement importés du Japon! (J’ai arrêté de compté après dix-huit, risquant de faire une crise d’épilepsie, mais mes informateurs d’onze ans et moins m’ont juré qu’il y en aurait pas moins de trois-cent-cinquante-quatre…) Et si vous voulez des ninjas, encore une fois, vous êtes servis. La culture nipponne nous inonde de mangas tous plus violents les uns que les autres, sur des ninja-samourai-dresseur-de-monstres-étudiantes-de-lycée-en-mini-jupe. Il leur manque la pizza, et un certain je ne sais quoi qui rendait les Tortues Ninja si charmantes. C’était probablement en lien avec Godzilla.

Si Kim Campbell vous manque, regardez la photo de Stephen Harper vu de proche. Sans les rides, on dirait des jumeaux. Et je ne parle pas que des positions politiques. Quant à Daniel Johnson Jr, Jean Charest a ironiquement réussi là où Johnson a échoué. Même parti politique. Sans tout ces nœuds et ces touffes. Et je ne parle pas des cheveux.

Red Lobster… Je serai toujours triste d’avoir commencé à apprécier le gout délicat du homard après la disparition de cette légendaire, voire mythique, chaîne de restauration de la carte du Québec. J’ai peine à croire qu’une paire de homard ait déjà coûté 14,99$ plus taxes plus pourboire. Mais vous êtes aveugles si vous n’avez pas remarqué la contre-attaque des fruits de mer, avec une nouvelle arme de délice massif, encore une fois en provenance du pays du Soleil Levant. Les sushis sont le nouveau « McDo ». Dans les années 1990, je rentrais de l’école, prenais mes yeux de Bambi et allais demander à papa s’il pouvait m’emmener manger au McDonald’s. Encore plus s’il y avait des jouets ou des cartes de Hockey avec mon joyeux festin. Aujourd’hui, je rentre de l’école, mais je ne prends plus mes yeux de Bambi (Je ne suis plus aussi cute qu’avant. « Que voulez-vous? », comme dirait un de mes politiciens préférés). Je demande plutôt à mon père de m’emmener dans un restaurant de sushis. Il n’y a plus de jouets avec le joyeux festin, mais je crois que les oméga-3 pèsent plus lourd dans la balance pour mon père que les jouets du McDo, made in China.

J’ai encore de vagues souvenirs des publicités télévisées d’Aventure Électronique, mais elles sont en train d’être effacées par une autre annonce où deux mecs jouent du Air-guitar en se prenant pour Angus Young. Ou celle d’un mec insérant d’étranges sons dans les portes coulissantes du Future Shop, pour aller avec le thème du solde du jour. Ce qui est une aventure, c’est magasiner dans ce fameux Future Shop, ou Best Buy, pour ceux qui se soucient de l’équité, au Boxing Day. Ou essayer de faire la différence entre une gomme Dentyne Ice et le nouveau IPod, encore plus mini, encore plus lisse et encore plus blanc! C’est ça, la VRAIE aventure électronique!

Walt Disney est encore plus qu’omniprésent dans le monde d’aujourd’hui. Que ce soit Jack Skellington sur le coton-ouaté d’un élève de votre classe, en passant par Pirate des Caraïbes aux Oscars, les Ducks d’Anaheim dans la LNH, ou même le dernier film d’animation de Pixar, Disney’s est propriétaire d’à peu près tout. Ils font même des jeux vidéos en collaboration avec des compagnies japonaises (mais ils sont partout, ces Japonais!). Et les rumeurs selon lesquelles il aurait été congelé pour être ressusciter vont encore bon train dans les cours d’école. La prochaine étape? Je crois qu’il a toujours rêvé de mettre le pied sur la lune. Mais c’est peut-être juste mon imagination.

Carmen Sandiego? Elle est très forte! Moi non plus je ne l’ai jamais revue, et encore moins entendu parler. À part dans ce journal à potin, où on disait qu’elle aurait couché avec Walt Disney pour faire une (subtile) apparition dans son prochain film. Mais que voulez-vous, Le Banquier, c’est tellement intéressant, car j’aime tellement Julie Snyder que j’ai pas le goût que « Mais où se cache-euh! Carmen Sandiego » revienne en onde.

Et si on nous a enlevé la Molson Grand Nord, c’est pour la remplacer par la Molson Canadian, pour aider le nationalisme Canadien déjà chancelant. Si ma bière me dit que je suis un fier Canadien, elle doit avoir raison. Après la quatrième bière, je suis tellement rendu lucide que je réalise que peu importe leur marque ou leur prix, toutes les bières goûtent la même affaire. Sauf la Laurentides. Morale de l’histoire : d’la Molson, c’est d’la Molson, peu importe ce que l’étiquette veut vous faire croire!

Ce qui m’amène à vous parler de baseball! J’étais peut-être pas né, mais je suis étonnement nostalgique de l’époque où un certain Babe Ruth buvait d’la bière et mangeait des hot-dogs sur le banc entre les manches (on appel pas ça des périodes, ou des demi, au baseball, c’est des manches… allez savoir !) pour frapper plus de circuits. Aujourd’hui, on a notre lot de drogués, avec les Bonds et Daisuke (encore un Japonais). Sauf qu’on n’a plus d’équipe à Montréal. Y’a toujours le même nombre de spectateurs au Stade Olympique.

Je n’ai jamais eu la (mal) chance de monter dans un avion de Canadian Airlines. Et si ça continue de même, je n’aurai jamais la chance de monter dans un avion d’Air Canada non plus. Et si le Achy Breaky Heart et la Macarenna ne sont plus de saison, y’a tout de même les « Mamassé Mamassa Mama Coussa » de Rihanna pour se trémousser de la même façon. C’est pas bon mais ça reste dans tête!

Maintenant vous allez me demander en quoi la coupe Longueuil, le rasage lisse et les cheveux-pleins-de-gels-dans-les-aires-comme-un-bonhomme-de-bande-dessinée-japonaise c’est semblable? C’est LAID, et c’est tout. Ce sont trois preuves que les gens, années 1990 ou 2000, ne savent pas se coiffer!

Heureusement, y’a bien une chose chez nous qui est pas encore japonaise, et qui restera canadienne à tout jamais (espérons-le) : le hockey! On a perdu les Roadrunners de Montréal, mais on a gagné le Junior de Montréal, équipe de la très colorée (et très violente) Ligue de Hockey Junior-Majeur du Québec. Hockey. Du hockey et du combat extrême pour un seul billet!

Et même si Patrick Roy, John LeClair, Éric Desjardins et Matthieu Schneider ont été échangés pour des peanuts et des bleuets, un certain Bob Gainey est récemment arrivé, a eu l’idée de semer ces peanuts et les a arrosé avec un peu de vodka russe. De la peanut Roy a poussé un grand bonhomme nommé Carey Price (certains l’appellent Jésus). Des autres peanuts sont apparus : les frères Kostitsyn et Andrei Markov. Même deux bleuets ont poussé : Maxime Lapierre et Guillaume Latendresse. Des gros bleuets transgéniques vous me direz, mais des bleuets pareil. Et nous voila de retour avec une vraie équipe de hockey, à la saveur de la saison 1992-1993. De là à savoir si ça va finir de la même façon… je ne suis pas voyant, mais je crois qu’on a le droit de rêver, non?

Vous n’êtes pas d’accord avec mon propos? Vous avez sûrement voté pour la grève! Allez savoir…

P.S. Aucun Japonais n’est intervenu dans l’écriture de ce texte. Sérieusement.

par Anh Khoi Do

Affiche du film Atonement.

Le film Atonement (2007) exercera un magnétisme sur les amants de drames romantiques. Effectivement, il s’agit-là d’un joyau qui carbure aux émotions de ses personnages principaux. D’ailleurs, vous pouvez vous rassurer que les personnages ne sortent vraiment pas d’un moule!

L’histoire débute au manoir de la famille Tallis cinq ans avant la Deuxième guerre mondiale. Tout bascule lorsque Briony, une fille de 13 ans, accuse le jardinier de la famille, Robbie, d’avoir violé Cecilia, sa sœur aînée. Or, sachant très bien que Robbie n’a jamais commis ce viol, Briony s’en voudra pour le reste de sa vie d’avoir brisé l’amour entre sa grande sœur et Robbie.

Tout d’abord, ce que nous pouvons reprocher à Atonement est sa lenteur lors du début. Le début du film manque tellement de concision pour présenter les personnages et les lieux qu’on a envie de peser sur le bouton d’avancée rapide de notre télécommande.

Cependant, quand l’action commence, la lenteur du rythme devient heureusement une valeur ajoutée grâce à la réalisation sobre et musclée de Joe Wright (Pride & Prejudice). D’ailleurs, l’approche utilisée pour développer les personnages consiste à montrer une scène alternativement du point de vue des trois personnages principaux, c’est-à-dire Robbie, Cecilia et Briony. Quoique lente comme méthode, elle comporte un avantage évident : elle nous permet d’analyser de plus près le comportement et même les pensées intérieures des personnages qui les rendent si intéressants.

Cela dit, bien qu’étant un film britannique, Atonement utilise le pouvoir de la suggestion implicite par l’entremise des moments de silence ou du regard des protagonistes. Évidemment, une telle approche nous rappelle l’expressionnisme asiatique tel que vu dans un film comme Tigre et Dragon. De plus, de telles suggestions donnent une ambiguïté et un caractère imprévisible aux personnages.

Néanmoins, à trop vouloir laisser de l’ambiguïté, le film se tire un peu dans le pied. Conséquemment, si l’histoire est relativement facile à comprendre, Atonement nous laisse devant des questions qui n’offrent pas une réponse satisfaisante sur l’évolution propre à chaque personnage. Par exemple, qu’est-ce qui motive vraiment Briony à accuser Robbie d’un crime qu’il n’a aucunement commis? Deuxièmement, comment sommes-nous sensés comprendre la relation entre Paul et Lola?

Malgré des zones d’ombres dans le développement des personnages pouvant s’avérer énervantes, on n’oubliera jamais ce film grâce à ses personnages plus grands que nature. Bien sûr, Atonement doit sa grandeur à la brillante performance de Keira Knightley (Pride & Prejudice), dans le rôle de Cecilia, et James MacAvoy (The Last King of Scotland), dans le rôle de Robbie. La chimie entre ces deux acteurs les place parmi les meilleurs tandems romantiques du cinéma de la trempe des tandems Jude Law/Nicole Kidman (Cold Mountain) ou Tony Leung/Maggie Cheung (In the Mood for Love).

Note: 4.5/5

par Steve Lamarche

«La tarification des études postsecondaires entraîne plusieurs problèmes économiques et sociaux liés à l’endettement étudiant et à l’accessibilité pour les moins nantis; […] Une hausse des frais de scolarité ne pourrait qu’exacerber ces problèmes, sans pour autant régler la «crise» du sous-financement institutionnel; […] En Grande-Bretagne et en Ontario, les hausses de frais de scolarité n’ont pas réglé les problèmes de sous-financement, mais ont entraîné une augmentation significative de l’endettement étudiant. Ce facteur dissuasif a entraîné à son tour une chute des demandes d’admission et une réorientation des étudiants vers les domaines plus techniques, en plus de nuire à l’accessibilité des moins nantis; […] L’augmentation des frais assumés par les étudiants est utilisée par les gouvernements comme un substitut au financement public, en chute libre ces dernières décennies; […] L’abolition des droits de scolarité apparaît économiquement viable et socialement plus équitable que la tarification; […] La gratuité scolaire est un incitatif à la poursuite d’études supérieures et; Abolir les droits de scolarité au Québec et instaurer la gratuité des études postsecondaires ne coûterait que 550M$, ce qui représente un peu moins de 1% du budget du gouvernement.»

Voici les conclusions tirées par l’Institut de Recherche et d’Informations Socioéconomiques (IRIS) qui a publié une étude sur la faisabilité de la gratuité scolaire en janvier 2007. Cette étude a été, au Québec, une première étape dans le questionnement officiel de l’idée d’abolir les frais de scolarité aux études postsecondaires. En juin de la même année, le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) recevait une étude commandée qui analysait différents scénarios de paiement des droits de scolarités des étudiants et étudiantes universitaires. Pourtant, le gouvernement libéral n’a pas hésité à proclamer la hausse des frais de scolarité de 30% telle qu’il l’avait prévu, tout en ne rendant publique l’étude mentionnée plus haut qu’environ trois mois plus tard.

Le gouvernement refuse d’admettre ses torts et s’engage dans une voie de privatisation grandissante du secteur des services publics. Autre exemple du manque flagrant de volonté politique : le Canada a ratifié le 9 mai 1976 l’entente internationale du PIDESC qui prévoie dans son article 13 «l’instauration progressive de la gratuité» dans les niveaux postsecondaires. L’article présent est donc une démonstration en faveur de ce principe, et je tenterai ici de prendre en compte le plus grand nombre de variables liées à l’instauration de la gratuité au niveau postsecondaire.

L’éducation obligatoire devrait être, à mon avis, celle de l’apprentissage de l’esprit critique et de l’ouverture des mentalités afin de prémunir tout citoyen et toute citoyenne d’une capacité intellectuelle nécessaire à l’évolution de sa société. Chaque étape historique s’est effectuée grâce à l’obtention de nouvelles connaissances, au questionnement de l’état actuel des choses, et la volonté de parvenir à changer ce qui n’est plus légitime. Conséquemment, l’école agit à titre de micro-société formant des individus libres de penser et d’agir. Jusque là, les sociétés occidentales semblent s’entendre en partie, du moins sur l’accessibilité aux bancs d’école, et rendent même cette étape de vie obligatoire sans discrimination. L’éducation postsecondaire vise quant à elle à spécialiser les esprits dans différents domaines. Elle est issue d’une volonté d’élever les gens intellectuellement et de voir se perpétuer et évoluer la connaissance. Ce faisant, il apparaît primordial de lui accorder une place de choix dans notre société, puisqu’elle est le moteur de l’évolution de celle-ci.

Deux problèmes – ou plutôt deux vecteurs problématiques, qui possèdent en eux plusieurs cas spécifiques – s’imposent lorsque l’on examine l’éducation postsecondaire. Le premier est celui de la considération de celle-ci, le second étant son accessibilité. Au Québec, les études universitaires sont considérées inégalement en ce sens que tout expert tend à être valorisé et bien considéré par la société, tandis que certains domaines appartiennent, selon la rumeur collective, à une faction non nécessaire (bien qu’intéressante) de l’activité professionnelle. Cette faction, les sciences sociales, possède bien entendu ses têtes érudites et écoutées, mais celles-ci sont minoritaires dans la masse de gens qui s’inscrivent chaque année dans l’un des programmes de sciences sociales. C’est l’un des cas empiriques du premier problème. D’un côté les gens qui s’inscrivent dans de tels programmes aspirent à mieux, à une élévation sociale, alors que de l’autre, la société considère bien peu ces intellectuels qui ont une tâche bien éloignée de celle du médecin, celle d’analyser et de questionner la société, au plan intérieur comme au plan extérieur. Il est faux de vouloir mettre sur un piédestal les intellectuel(le)s, puisque toute profession se vaut et est nécessaire, sans quoi elle ne serait tout simplement pas apparue et n’aurait point évoluée. Cessons de croire qu’un(e) mécanicien(ne) doit être moins considéré(e) qu’un(e) avocat(e) ou un(e) médecin. Quant à l’autre vision, celle d’une dégradation de la considération de la tâche intellectuelle, j’y vois ici un des effets de la peur du changement. Il est logique de convenir que l’intelligentsia a été un vecteur de changement et de critique de l’ordre établi, de la constitution globale de son milieu. L’État a tendance à se comporter comme une entité vivante, ainsi à assurer sa survie personnelle, comme le démontre l’instauration des cours d’éducation à la citoyenneté désormais enseignés au secondaire.

L’idée de gratuité scolaire implique cependant que le coût des études postsecondaires soit assumé par une autre entité que l’étudiant(e). À titre d’exemple, pensons au système de santé québécois financé par nos taxes ainsi que des Canadiens par le biais de la péréquation, du moins en partie. Les services de santé sont dispensés universellement à tous – puisqu’il s’agit d’un domaine politique relevant du provincial – dans l’objectif d’assurer un bien être à tous et à toutes. Donc, tout individu peut être traité, suivi par un médecin et soigné, suivant à la fois les principes premier et dixième de la Charte des Droits et Libertés du Québec.

Donc, au lieu de réduire les impôts des particuliers (850 millions en 2007) et d’abolir graduellement la taxation aux entreprises privées (environ 3,8 milliards avec la seule abolition de la Taxe sur le capital depuis 2003), le gouvernement pourrait veiller sur les services publics et investir notamment dans l’éducation postsecondaire. Les études mentionnées portent respectivement à 550 millions et 153 millions les coûts possibles qu’ils analysent. L’IRIS s’attarde à l’éducation postsecondaire en général, comprenant frais afférents et frais de scolarité, tandis que l’étude présentée au MELS ne concerne que les frais de scolarité des étudiant(e)s universitaires canadiens. L’argent est donc vraisemblablement disponible dès lors qu’un soupçon de volonté politique y est.

Plusieurs pays ont instauré la gratuité scolaire, notamment la France, la Suisse et le Mexique. Leurs tentatives font toutefois preuve de failles qu’il est nécessaire d’analyser lorsque l’on considère l’idée d’instaurer la gratuité scolaire. Bien souvent, comme le cas de la France le démontre, l’État limite ses dépenses par un cadre strict qui force l’apparition d’un système de contingence, qu’il soit par concours ou par mérite. En théorie, ce système donne accès à tout le monde, et je ne m’oppose pas nécessairement à ce qu’il y ait une contingence, dans l’optique où celle-ci filtre en fonction des aptitudes et de l’intérêt. Le cas échéant où la contingence n’est nullement discriminatoire, mais simplement sélective, l’accessibilité à l’éducation aura déjà bénéficié d’une grande ouverture puisque seraient désormais admis les gens de tous les paliers socio-économiques pourvus qu’ils et elles fassent preuve d’une volonté d’étudier et de s’y appliquer. Autre problème de la gratuité, tel que vécu au Mexique entre autres, c’est la dégradation de la qualité de l’enseignement, au profit de la quantité de gens y ayant accès. À défaut d’être versé dans les sciences économiques, il est plausible de croire que ce problème relève davantage de pays où la condition socio-économique est moins favorable qu’en Occident. N’empêche, cette dégradation est réelle, mais il serait faux de croire qu’elle est le fait seul de systèmes d’éducation ayant instauré la gratuité scolaire. Pour revenir au local, chaque dégel des frais de scolarité a caché un désengagement progressif de l’État – le chiffre passe de 17$ à 6$, de 1988 à 1994, investis par l’État pour chaque dollar provenant de l’étudiant(e) – et les universités possèdent des situations financières désastreuses qui opacifient notre regard sur le concret : plusieurs départements et programmes essuient des reculs en matière de financement. Il faut donc éviter de mettre frais de scolarité et qualité des ressources en éducation dans le même panier pour le simple fait qu’il s’agit bien plus souvent d’une corrélation qu’un lien causal qui les unit. Le choix et la capacité d’assurer la gratuité scolaire n’influencent la qualité de l’éducation que dans l’optique où les deux se trouvent à être du domaine des finances en éducation. Au Québec, avec une réforme du système d’imposition qui mettrait fin à l’illogisme du plafond de 55′000 $ pour un taux maximal d’imposition de 24% (qui est donc le même pour quiconque gagne des montants bien supérieurs), il serait possible de parvenir à une augmentation du portefeuille de l’État, de mieux financer les services publics tout en évitant, comme le disent beaucoup de gens, de «surimposer la classe moyenne».

Enfin, comment se fait-il que la fonction publique soit aussi nombreuse, que les administrations universitaires puissent se voter des augmentations de salaire toutes les années? Il faut savoir prendre la question de la gratuité scolaire dans un ensemble socio-économique, et non simplement pour son concept, en l’appliquant à un système qui n’est globalement pas basé sur les mêmes principes; or, on ne peut logiquement pas instaurer la gratuité scolaire sans réformer les finances québécoises et la façon de penser l’administration des universités et collèges.

L’idée que défendent bien souvent les tenants du gel des frais de scolarités est que le fait de payer pour étudier responsabilise l’étudiant(e). Ce fait tient bien souvent de la constatation qu’il existe une certaine stagnation d’étudiants et étudiantes éternel(le)s : des gens qui changent de programme et tâtonnent dans l’espoir de trouver un domaine d’études qui leur plaise. La responsabilisation est un principe qui vaut la peine d’être défendu et enseigné aux plus jeunes, dans l’optique de leur fournir des moyens de développer leur autonomie et leur participation collective. Toutefois, il y a erreur de penser que seul le portefeuille puisse agir à titre d’agent motivateur à la responsabilisation. Encore là, l’État nous met des œillères et nous force à admirer les bienfaits néolibéraux qui défendent l’idée que notre société ne peut s’améliorer que dans les cadres établis des lois du marché, du pouvoir d’achat et de la liberté de marcher sur la tête des autres. La violence de mes propos ne visant ici qu’à ébranler le confort personnel du lecteur et de la lectrice, j’en retiens toutefois l’essence principale : il faut trouver d’autres pistes, des alternatives. Un individu qui se responsabilise peut le faire pour différents principes, par différents moteurs, pourvu qu’ils soient épurés de toute tentative de moralisation et d’idéologie; se responsabiliser est bien davantage une prise de conscience de la vie en société que l’individualisation massive que propose l’idée de l’utilisateur-payeur.

D’ailleurs à ce sujet, cette idée telle que défendue habituellement par les intellectuel(le)s et les gouvernements occidentaux cache vraisemblablement l’acceptation de la privatisation partielle de certains secteurs des services publics. L’idée énoncée est que l’on ne devrait payer qu’en fonction de l’obtention éventuelle d’un bénéfice (bien ou service). Son corollaire est que quiconque ne bénéficie pas du bien ou service n’a pas à payer. Malgré tout, comme mentionné plus haut, le service de santé est assuré par la collectivité, selon les principes soulignés de la Charte des Droits et Libertés du Québec. Dans ce cas-ci, et en passant outre le fait vérifiable que le système de santé est en privatisation partielle et progressive depuis quelques années, l’État considère que tous et toutes bénéficient au moins à quelques reprises des services de santé, et qu’en les finançant ainsi, la société permet aux gens d’être soignés peu importe la situation (sans discrimination).

Pour l’éducation, il est évident que les bénéfices directs de l’obtention d’un diplôme s’en vont à l’étudiant ou l’étudiante. Encore là, l’État a préféré régler un problème de responsabilisation sociale par le biais du portefeuille de l’individu. Qu’en est-il du rôle des intellectuel(le)s dans la remise en question et l’élaboration de nouvelles idées pour l’évolution de la société dans laquelle ils et elles agissent ? Tel que mentionné précédemment : l’État semble s’être constitué en entité vivante cherchant à assurer sa propre survie. Sans crier à la conspiration ou au complot, observons ici la corrélation entre la volonté de garder l’ordre établi tel quel et le manque de valorisation du rôle des lettré(e)s.

Bref, il est peu convainquant que le principe d’utilisateur-payeur, efficace dans un contexte de marché et d’échanges de biens et produits, puisse s’appliquer à l’offre de services sociaux, chapeautés par l’État, lui-même théoriquement mis en place par la société à laquelle il est rattaché.

Finalement, reconsidérons le rôle primordial que tient l’éducation dans l’évolution et la solidification d’une société, que celle-ci se doit d’être accessible (comme tout droit) et de qualité. Tout comme la longueur et la complexité de cet article le démontre, la question de l’éducation est immense et doit être prise avec considération, rigueur et analyse critique. Il faut conséquemment éviter de dogmatiser certains schémas, ou d’en parler avec trop peu de discernement. Or, l’État actuel de notre société tend graduellement vers une démagogie globale, mettant de côté toute rationalité, que défendent pourtant ardemment les programmes de sciences sociales et les gens qui s’y élèvent pour faire de la société un champ d’étude et d’observation constants.

par Guillaume Bouchard Labonté

Le protocole trop prétentieux me fait gerber. Ainsi, les différentes cérémonies entourant la graduation universitaire sont pour moi comme un agressif chatouillement de la glotte. La tradition millénaire, les costumes grotesques et moyenâgeux, le faux diplôme et le casque impossible sonnent faux dans ce décor qui transpire la futilité à grosses gouttes.

Cette envolée lyrique est une révolte hargneuse, et non un texte d’autojustification nombriliste… Disons que dans le pire des cas, c’est une bouderie proactive. En fait, je n’ai pas besoin de licence poétique pour dire ici même, dans ce journal étudiant sérieux comme on peut en trouver dans les meilleures universités du monde, que la photo de graduation et tout le flafla qui entoure l’évènement me font chier. Et j’assume ma gastricitude sans coup de semonce, n’en déplaise aux bien-pensants bien-habillés (pour qui je porte une estime aussi altière que mon majeur dressé à leur intention).

Si ce n’était que de ces absurdes toges de peintre de comédie, je pourrais peut-être consentir à jouer le jeu. Mais je ne veux pas que ma photo encadrée et bien assise dans la conformité serve de trophée de chasse à une institution universitaire. Laisser un souvenir de mon visage dans un couloir sombre de Lionel-Groulx, gisant près d’une publicité de Pepsi (dans un futur pas si éloigné) ne me réjouit pas. Ce serait cautionner tout ce que représente l’Université : un enseignement basé sur l’élitisme et sur un crapuleux respect de l’autorité bien établie, une dérive qui ouvre la porte aux grandes entreprises tout en refusant l’accès aux moins nanti-e-s, autant que ces gerbes de mensonges-marketing fusant de partout et qui donnent à ces institutions un visage faux, retouché et photoshopé.

Il ne faut pas tomber dans le piège, d’ailleurs : le diplôme, le bal de graduation et les relevés de notes ne sont pas les fruits de nos efforts. Ce sont les fruits de notre argent. Nous payons pour obtenir les crédits et nous étudions pour rien. N’ayons pas honte de le dire : le premier goujat venu pourrait, avec une grosse bibliothèque et rien à faire, devenir un historien bien plus compétent que le ou la meilleur-e d’entre nous, et ce, à l’intérieur du même laps de temps. Mieux encore : un-e étudiant-e clandestin-e, caché-e dans les locaux de classe pendant trois ans, serait aussi historien-ne que nous, malgré l’absence de photo en toge, de statut et de factures. Nous sommes médiocres, malgré cet imbécile de papier que nous serons obligé-e-s de brandir au nez de nos employeurs-euses. Devant la simplicité du savoir acquis sans espoir de carrière, nous sommes de vulgaires comédien-ne-s. Reconnaissons-le et cessons de jouer à Clio.

Plus vomitif encore : ce bal de graduation qui coûte deux bonnes semaines de bouffe. Il est bien la preuve la plus évidente que la réussite est un club sélect… Avis aux majestés affublées de permanentes, vous êtes invitées. Franchement, j’admire les courageux et courageuses gratteurs et gratteuses de fonds de tiroirs qui iront (c’est soixante-dix piastres), mais pour moi, ce sera le club vidéo ou une pizzeria. Merci quand même au comité du bal, je vous salue bien bas (et de dos).

Bref, au-delà de ces frustrations qui m’ont fait voter pour cette grève du tube digestif, il y a encore un facteur, plus personnel, qui m’a découragé de participer à la mémoire institutionnelle du département d’histoire : j’ai les dents jaunes.

Un virage vert

Évidemment, la rédaction de ce mensuel ne fait pas de son souci pour l’environnement une religion. Désormais, nous comptons mettre notre grain de sel pour bien prendre soin de Mère Nature. Non seulement nous garderons l’édition imprimée du Sablier, mais nous mettons aussi à votre disposition une version Internet du mensuel à l’adresse URL suivante : http://sablier.wordpress.com

Bref, espérons qu’une telle initiative donnera à une vitrine sur le monde au département d’Histoire de notre université sans tuer trop d’arbres.

Surpassement au hockey cosom

L’équipe d’Histoire s’est illustrées lors du dernier tournoi inter-faculté d’hockey cosom du 15 mars dernier. Évidemment, vos représentants ont pu se rendre en quarts de finale.

Félicitations à : Kevin Audet-Vallée, Félix Boursier-Laflamme, Patrick Castonguay, Jérémie Thériault-Langelier, Louis-Frédérick Paquette, Évelyne Favretti, Joëlle Michaud, Martin Dion, Nicolas Martinez, Nicolas-Pierre Cormier, Marc-Simon DeBlois, Luc Rousselle, Stéphane Phan, Louis Otis, Simon Beauchamp-Léveillé et Anh Khoi Do.

Grève ou pas de grève?

Pour ceux qui ne le savent pas, il n’y a plus de grève. Rejet catégorique par 56 contre 21 ainsi que 6 abstentions lors de l’assemblée générale du 20 mars 2008. Merci.

Unilatéralement par Kevin Audet-Vallée

En guise de réponse aux membres du Parti communiste de l’AEHUM je dirai : n’étiez-vous pas morts en 1991? Vous n’avez pas eu votre leçon avec le lynchage de Nicolae Ceauşescu, vous autres? Où sont donc vos souvenirs des années 1990? (Bon bon, là j’entends déjà certains historiens (yennes) pointilleux dire : « Ouin, mais Ceauşescu yé mourru en 1989. » Pis? Vos gueules!)

Eh voilà donc où je veux en venir dans mon propos, les années 1990. Ces années magiques durant lesquelles j’ai vécu une enfance ordinaire affublé de lunettes géantes, mais ô combien excitante grâce aux Power Rangers ainsi qu’aux mille et une pizzas des Ninja Turtles. Je crois que j’en ai une obsession. En fait, ouais… son kitsch qui devient de plus en plus apparent, au gré des années, me console. Mais bon, sans les avoir vécues, je suis tout aussi obsédé par les années 1980.

Suis-je seul à m’ennuyer de 1993? Je l’avoue, je m’ennuie de cette époque où la très honorable Kim Campbell régnait sur le Canada et où Daniel Johnson fils était sur le point de dominer le Québec. En plus, tandis que John LeClair comptait plusieurs buts en prolongation, Éric Desjardins inscrivait un tour du chapeau pendant que Matthieu Schneider était probablement en train de se farcir la femme de Patrick Roy. Malheureusement, cette année charnière de l’histoire humaine a été suivie par des déceptions incroyables.

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Effectivement, Patrick Roy, ses jambières Koho et ses trois acolytes eurent à peine le temps de raser leurs « moustaches de séries » qu’ils étaient tour à tour échangés pour des arachides et un paquet de bleuets. Pour ajouter à la déception, Distribution aux Consommateurs annonça sa fermeture tandis que Red Lobster disparut de la carte alimentaire québécoise. Non contents de nous faire souffrir davantage, les maudits capitalistes incompétents nous ont aussi enlevé le restaurant Marie-Antoinette ainsi qu’Aventure Électronique. Sacrament.

Mais, je me console avec un vestige de cette dernière compagnie au perroquet rouge (je ne vois toujours pas le lien avec l’électronique, mais c’était rigolo). En effet, je suis détenteur d’un gros lecteur CD qui peut en contenir cinq, acheté en un jour de 1992 par mes parents et je crois que cette journée là je portais mon chandail de Aladin. En fait à cette époque, je ne portais que du linge griffé par Walt Disney.

Où est rendu Gilbert Dionne? Personne ne le sait, mais j’ai toujours cru qu’il était parti à l’aventure avec Carmen Sandiego. Pourquoi nous ont-ils enlevé la Molson Grand Nord? Qu’a-t-elle fait de mal? Je n’ai jamais eu l’honneur d’en boire. Je ne l’aurai vraisemblablement jamais. Mais j’ai de vieux oncles qui trimbalent encore des glacières à l’effigie de cette vénérable regrettée boisson. Ça me tire toujours une larme à l’œil quand j’en aperçois une, tout comme le jour où ils nous ont annoncé que les Roadrunners de Montréal ne poseront plus jamais leurs 48 roues sur le plancher du Forum de Montréal. Câlice!

Dernièrement, on nous a appris que F.P. Santangelo s’était dopé alors qu’il portait l’uniforme des Expos de Montréal, tout comme Mike Lansing et David Segui. Heureusement, Darrin Fletcher n’a pas fait cet affront. Pourquoi?

Sinon, je n’ai jamais eu la chance non plus de monter à bord d’un avion de Canadian Arlines. En fait, je ne suis jamais monté dans un avion des années 1990 mais j’ai certainement déjà dansé le Achy Breaky Heart ainsi que la Macarenna. C’était donc la belle époque où les gens hésitaient encore entre la coupe Longueuil et le rasage intégral avec le size #1 tandis que les toupets de gel étaient encore loins de notre imagination…

Vous n’êtes pas d’accord avec mon propos? Vous êtes certainement un antisémite! Longue vie à l’abstention!

Par Claude Bellanger

J’aime rire. Rire, c’est doux pour le bedon. En tant qu’historien, je tiens à la santé de mon ventre, je veux qu’il fasse de l’exercice, alors je le fais rire. Pire, j’ai même peur que mon ventre devienne obèse alors je le tiens en forme en lui faisant lire des petits choses drôles, et cette semaine, ma lecture de chevet fut un dépliant de l’armée. Heureux d’avoir trouvé un tel artéfact, j’entrepris une étude dendro-chronologique pour me faire répondre par le laboratoire auquel j’ai envoyé mes échantillons que, ce que je pensais être du bois est finalement du PAPIER. Va au diable LeRoy Ladurie!

La lecture de ces deux papiers était fort divertissante. En effet, j’ai, à ma très grande surprise, appris qu’un des incitatifs pour joindre l’armée est son régime d’assurance dentaire. Oui, oui, assurance dentaire comme dans : “Considérant le développement des aptitudes de leadership et de gestion qu’offre un programme d’entraînement militaire et l’excellent plan dentaire offert, une carrière au sein du Black Watch devient une alternative attrayante au travail à temps partiel civil.” Non mais, n’êtes-vous pas tous convaincus comme moi? Que diable ne fais-je donc point dans cette galère?!

Mon ventre étant bien réchauffé, je m’attaque (mon dieu le langage des messieurs et mesdames de l’armée m’envahit…. m’envahit? Ahhhhh) au second dépliant un peu moins bidonnant avec seulement la mention que l’armée doit être prête à combattre les armées d’États déliquescents ou en voie de déliquescence. In God je trust.

Imaginer qu’Homer Simpson souhaite rejoindre l’infanterie canadienne (c’est bien une des dernières situations encore inutilisé par les acolytes de Groening) il ne pourra pas le faire, parce que Lisa aura besoin de broches!

La série animée Les Simpson, quelle source de sagesse infinie!

Painting Fears - Pastel

Par Guillaume Bouchard Labonté
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Pastel n’est pas que son nom d’artiste, c’est le sien ; et Painting Fears est son premier album. Dans la jeune vingtaine, la chanteuse rock aux accents folk et plus rarement reggae essaie depuis peu de percer sur la scène musicale québécoise. Ses textes en anglais vont principalement dans la sensibilité, mais son répertoire littéraire semble s’étendre au-delà des simples remises en question amoureuses, même s’il ne sort pas de thèmes très introspectifs et parfois peut-être trop individualistes et naïfs. Nous retenons de ses tirades quelques passages significatifs :

« Broken Dreamers: fuckers ! » Acoustic Dream (piste 3)

« The Montreal underground is the worst thing ever » Montreal Underground (piste 6)

Le piano occupe une place importante dans les chansons de la jeune artiste. On peut entendre, ailleurs, quelques violons très discrets : ce qui donne, finalement, une musique parfois très chargée pour une seule voix. Précaution inutile, car souvent un a capella aurait suffi : la voix de Pastel, impeccable et brillante, meuble déjà assez bien le disque. Aussi, on se serait attendu-e-s à profiter d’un accompagnement légèrement plus dépouillé. Sans doute, la performance sur scène, laissant plus de liberté au chant, doit être plus agréable à l’oreille aguerrie.

Bref, l’artiste se cherche, mais ce premier disque vaut le détour pour qui cherche la tranquillité. Celui-ci est en vente sur Internet pour 16$ (voir son blogue sur myspace : http://www.myspace.com/pastelmusique). Le Sablier lui donne la cote : Soirée d’étude pour un examen de madame Deslandres. Pastel sera de passage à l’Assommoir, le 30 avril 2008.

Les rats

Par Guillaume Bouchard Labonté

J’en ai attrapé un d’immense taille, l’autre jour. C’est avec mon poing tout entier que je retenais sa queue toute sèche et rugueuse.  Ne sachant pas trop quoi faire avec, je l’ai enfermé dans un gros contenant de plastique.  Désorienté, il s’était mis à jouer des pattes sur la paroi de sa chambre blanche, tentant vainement de grimper.  Le lendemain, j’aperçus dans mon sous-sol deux gros énergumènes de la même espèce, se traîner lourdement, sans s’inquiéter de ma présence, à la manière de ratons laveurs malpropres.  Étourdi par le dégoût, j’appelai immédiatement un exterminateur.  En moins de trois heures, il était chez moi, cliquetant d’arsenal. 

 ― Il y a du rat par ici.

 Reniflant un peu d’air et beaucoup de mucus, se sentant inspiré, l’exterminateur avait confirmé ma constatation. 

 ― Eh bien, on va vous en débarrasser. 

Il déplia devant moi tous ses massifs outils de frappe en m’expliquant, avec le ton protocolaire d’un agent recruteur, la nuisance que représentait la racaille parasitant ma maison.

― Les rats détestent les Humains, voilà bien pourquoi ils vivent près de nous.  Ils nous jalousent notre liberté, notre nourriture et même nos femmes.  Par orgueil seulement, ils s’interdisent notre luxe : pourtant, ils vivent à nos crochets. 

Comme de fait, l’exterminateur brandit un gros crochet à rats bien effilé avec lequel il fouetta l’air, enthousiasmé par son utilisation future.

― Il y a des rats partout.  De toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes les tailles.  Ils sont toujours prêts à nous faire du mal.  Ils n’existent que pour nous voler nos droits, nous envahir, brûler tout.  Il y a des rats apprivoisés, mais il faut les garder à l’œil, dans des cages.

Je suis curieux.

― Et les souris ?  Et les mulots ?  Vous les faites aussi ? Dis-je.

― Il n’y a que des rats, répondit-il, catégorique. 

Il demanda à voir mon exemplaire de cette vermine en captivité.  Je lui montrai le bocal blanc.  L’exterminateur approcha son museau du museau craintif de la petite créature.  Je pensai qu’avec une coiffure convenable, le rongeur aurait peut-être eu une mine moins antipathique.  L’exterminateur couvrit l’animal d’une effrayante main gantée : peu après il regardait l’hideuse chose dans ses yeux noirs.

― Les rats sont ma raison de vivre et de tuer, je les aime, dit-il en serrant si fort que son bras en tremblait. 

Les craquements d’os se turent quand le rat ne fut plus qu’une gelée dans son sac de peau.  L’exterminateur emballa le cadavre, marqua le linceul d’un sceau et le jeta dans un sac.  Je ne cessai pas de l’observer durant son opération. L’exterminateur releva la caboche subitement.  Ses moustaches fébriles avaient reniflé quelque chose.  Il se tourna vers moi. 

― Vous aimez le fromage ?

Bien sûr. 

― Vous avez une bonne vision nocturne ?

Euh…  Ben…  Ouais.

― Vous aimez particulièrement les coins humides et peu éclairés ?

De son crochet à rats qu’il tenait alors sous mon menton dégoulinait une substance poisseuse.  Je devinai les pensées de l’homme de métier. 

― Grrrrmbl, grommela-t-il tout bas, comme si je ne l’entendais pas.  Ça se tient comme un rat, ça mange la même chose qu’un rat, ça se dandine comme un rat, ça sent la même chose qu’un rat…  Ce doit donc être un rat.

Sur les lèvres de l’exterminateur, l’écume commençait à écumer.  Je le rassurai proprement.

― Regardez mes oreilles, mon ami.  Regardez mes dents.  Ai-je l’apparence, réellement, d’un rongeur ?

L’autre retira son arme de sur ma gorge, mais resta méfiant.  DES RATS ! répétait-il.  Il y en a partout.  Les rats sauvages, qui ne faisaient de mal à personne, en pleine Amazonie, nous menaçaient dans les plantations : ils se cachaient dans les caissons de transport des bananes et nous mordaient à l’ouverture de la cargaison…  Les rats des champs donnaient des maladies aux écureuils, qui les amenaient à la ville ensuite.  

Soudain triomphant, l’extincteur d’espèces se présenta devant moi, la face remplie de suie. 

― J’ai trouvé le nid.

Allons voir.   

C’était un petit monticule de sable, surmonté d’un trou béant et sombre.

― Des fourmis, avançai-je, scientifique.

― Des rats, répliqua l’autre en saupoudrant généreusement le nid de borax. 

L’exterminateur revint à la cuisine, là où il avait laissé tout son matériel, et choisit parmi son armement une petite cage de métal.  Il en laissa sortir un petit animal maigre, à la truffe allongée et humide, au faciès anxieux et aux yeux comme des billes d’ardoise.  Ses petites pattes, griffues et tremblotantes, étaient presque dénuées du poil brun et lustré de saleté qui couvrait le reste de son corps.  L’homme lui installa un petit collier et une laisse.  Circonspect, je déclarai :

― Un rat !  En voici !

L’autre, insulté, rétorqua :

― Non, c’est un chat.

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