par Guillaume Bouchard Labonté
Le protocole trop prétentieux me fait gerber. Ainsi, les différentes cérémonies entourant la graduation universitaire sont pour moi comme un agressif chatouillement de la glotte. La tradition millénaire, les costumes grotesques et moyenâgeux, le faux diplôme et le casque impossible sonnent faux dans ce décor qui transpire la futilité à grosses gouttes.
Cette envolée lyrique est une révolte hargneuse, et non un texte d’autojustification nombriliste… Disons que dans le pire des cas, c’est une bouderie proactive. En fait, je n’ai pas besoin de licence poétique pour dire ici même, dans ce journal étudiant sérieux comme on peut en trouver dans les meilleures universités du monde, que la photo de graduation et tout le flafla qui entoure l’évènement me font chier. Et j’assume ma gastricitude sans coup de semonce, n’en déplaise aux bien-pensants bien-habillés (pour qui je porte une estime aussi altière que mon majeur dressé à leur intention).
Si ce n’était que de ces absurdes toges de peintre de comédie, je pourrais peut-être consentir à jouer le jeu. Mais je ne veux pas que ma photo encadrée et bien assise dans la conformité serve de trophée de chasse à une institution universitaire. Laisser un souvenir de mon visage dans un couloir sombre de Lionel-Groulx, gisant près d’une publicité de Pepsi (dans un futur pas si éloigné) ne me réjouit pas. Ce serait cautionner tout ce que représente l’Université : un enseignement basé sur l’élitisme et sur un crapuleux respect de l’autorité bien établie, une dérive qui ouvre la porte aux grandes entreprises tout en refusant l’accès aux moins nanti-e-s, autant que ces gerbes de mensonges-marketing fusant de partout et qui donnent à ces institutions un visage faux, retouché et photoshopé.
Il ne faut pas tomber dans le piège, d’ailleurs : le diplôme, le bal de graduation et les relevés de notes ne sont pas les fruits de nos efforts. Ce sont les fruits de notre argent. Nous payons pour obtenir les crédits et nous étudions pour rien. N’ayons pas honte de le dire : le premier goujat venu pourrait, avec une grosse bibliothèque et rien à faire, devenir un historien bien plus compétent que le ou la meilleur-e d’entre nous, et ce, à l’intérieur du même laps de temps. Mieux encore : un-e étudiant-e clandestin-e, caché-e dans les locaux de classe pendant trois ans, serait aussi historien-ne que nous, malgré l’absence de photo en toge, de statut et de factures. Nous sommes médiocres, malgré cet imbécile de papier que nous serons obligé-e-s de brandir au nez de nos employeurs-euses. Devant la simplicité du savoir acquis sans espoir de carrière, nous sommes de vulgaires comédien-ne-s. Reconnaissons-le et cessons de jouer à Clio.
Plus vomitif encore : ce bal de graduation qui coûte deux bonnes semaines de bouffe. Il est bien la preuve la plus évidente que la réussite est un club sélect… Avis aux majestés affublées de permanentes, vous êtes invitées. Franchement, j’admire les courageux et courageuses gratteurs et gratteuses de fonds de tiroirs qui iront (c’est soixante-dix piastres), mais pour moi, ce sera le club vidéo ou une pizzeria. Merci quand même au comité du bal, je vous salue bien bas (et de dos).
Bref, au-delà de ces frustrations qui m’ont fait voter pour cette grève du tube digestif, il y a encore un facteur, plus personnel, qui m’a découragé de participer à la mémoire institutionnelle du département d’histoire : j’ai les dents jaunes.

