«Ce sont des étudiants libres»
Par Hadil Kawmi
Ceci est en réponse directe aux opinions que Steve Lamarche nous a exposé dans son dernier article : Diatribe défécatoire. Ceci n’est pas un manifeste où je me positionne contre, mais au contraire. Tout en étant profondément affectée par l’éthique qui s’avère bien lucide à travers l’article, il est parfois de notre devoir d’aller plus loin que de défendre nos opinions personnelles et risquer de défendre les autres, si on les comprend… puisqu’on les comprend.
Pour ne pas me perdre dans l’ordre des idées, je répondrai en ordre chronologique aux idées soulevées. Steve nous questionne sur la raison de la poursuite de nos études à l’université et nos projets futurs, tout en liant notre attrait pour l’éducation en histoire. Et puis c’est vrai, je voudrai bien avoir un avenir, une carrière de spécialisation en histoire, parce que j’ai voulu acquérir des connaissances qui me permettent le droit de me prononcer sur mon champ d’études. Il est vrai qu’au-delà de l’étude des matières, certains vont comprendre le devoir que pourrait s’attribuer un universitaire, ou celui qui veut pousser plus loin que l’étudiant et s’engager. S’engager dans quel champ? Vers la poursuite du progrès dans la société, nos institutions… une action, politique, prononcée ou pas… Mais les perceptions des étudiants en histoire peuvent différer, nécessairement, puisque nous tenons des avis distincts.
Or, d’exposer le terme intellectuel et en exiger le rôle mène le questionnement vers un autre débat. Vouloir étudier à l’université ne signifie pas obligatoirement vouloir devenir un intellect, peu importe les raisons pour lesquelles NOUS allons à l’université. Cela n’entraîne pas forcément la croyance qu’on amasserait des connaissances dans un but égocentrique non plus. On ne connaît pas les raisons des particuliers, mais il est incontestable qu’elles sont diverses dans l’ensemble. «Intellectualiser n’est pas se croire meilleur-e que d’autres. C’est se questionner, seul-e(s) et en groupe, sur ce qui est, ce qui n’est plus et ce qui pourrait être.» Dans les faits : Certes! Cependant, l’action et la manière de la projection de ce savoir laisse voir chez certains, ce même pressentiment (que Oui! Ils se croient meilleurs (es)). Ce n’est pas parce qu’on ignore le but ultime du regard ou parce qu’il ne nous convient pas qu’il est donc vide! Illusion. Le regard n’est pas vide. Il peut être perdu; il peut ne pas savoir comment se manifester, mais il n’est pas vide, il est simplement ignoré (dans le sens : inconnu! Mais l’autre sens aussi). Mon ami me demande alors : quel est donc le but, la finalité, de ces regards? Je ne sais pas! La question n’est pas là. C’est plutôt de vouloir savoir : comment connaître ce but, s’il est différent du nôtre? Par la conversation. Comment engendrer la conversation avec des élèves qu’on ne connaît pas? Il faut des moyens pour qu’ils se sentent intégrés, qu’ils développent un sentiment d’appartenance au département, et peut-être que là, en les connaissant un peu, on connaîtrait leurs buts dans la vie… Ainsi, comment attaquer une question politique, si la question sociale n’est pas encore entamée? Conflit actuel en histoire et ailleurs à l’Université de Montréal très cher! Il faut des manières, encore une fois. Même le Quartier Libre du 29 octobre passé pose la question à la page 3, dans la section Nostalgie sans fin et demande qu’on témoigne nos avis.
Selon la critique du troisième paragraphe de son article, j’aimerais seulement souligner que le fait de présumer que les gens n’ont rien d’autre à faire et critiquer ce qu’ils font (concernant la mise en situation qu’on nous a dépeinte), ce style de pensée n’est légitime que si l’on se veut intellectuel. À l’Université de Montréal, chacun veut s’attribuer une voie particulière. Le fait de ne pas vouloir suivre la tradition de devenir ou d’aspirer à devenir « intellectuel » (un gros mot!) ne donne aucunement le droit de rabaisser leur raisonnement de ce pourquoi ils viennent d’asseoir sur les bancs de cette école. Il est naturel qu’on veuille inciter nos collègues à poursuivre les mêmes notions et les mêmes idéologies qui nous attirent, mais ils ne peuvent convenir à tous selon les conditions de chacun.
Concernant les affirmations de quatrième paragraphe de l’article, Steve avoue : « L’action d’étudier va plus loin qu’une commande à l’auto; et notre redevance sociale en tant qu’étudiants et étudiantes va plus loin que le paiement des frais de scolarité. » En étant personnellement entièrement en accord avec cet avis, il s’agit tout de même d’une perception qui va au-delà de l’étude. Malgré le fait que je veuille cette réalité différente, tout le monde ne cherche pas à faire révolutionner le monde. Tout le monde ne veut pas tout remettre en question. Tout le monde ne tient pas à améliorer le statut d’éducation merdique dans lequel nous vivons actuellement. Il y en a qui détiennent le talent pour y arriver, les mots pour le dire, le courage pour agir (de manière rationnelle et légitime). Toutefois, on ne peut imposer cette volonté, d’améliorer le monde, à tous; prétendant qu’elle soit profitable et essentielle à tous, même si ELLE L’EST!!! On doit tendre vers ce perfectionnement, mais on ne peut le forcer, tel que certains le font. Et ceci est bien translucide ces temps-ci! Il est vital de pointer l’utopie et la vouloir, mais nous ne sommes pas Tous, ceux qui sont prêts à tout sacrifier pour l’obtenir. Conséquemment, cela entraîne un échec incontestable. On ne peut donc pas s’accaparer du bien commun et l’imposer à tous. Cela fait de nous des tyrans. Notre monde tend inévitablement et constamment vers le bien, de nature, ceci n’est qu’une phase. En cause directe de nos débats, on vise à mieux analyser le conflit afin de lui trouver un remède sensé. On ne fait pas d’exception à l’histoire. Steve explique également qu’on ne tient effectivement pas à tous devenir de futurs politiciens, mais qu’on se doit de questionner les faits et gestes de ceux et celles qui dirigent aujourd’hui nos vies et nos consciences jusque dans les détails les plus intimes. En réponse, je ne peux que réaffirmer que cette croyance n’est que présomption que tous sommes à la recherche des mêmes buts. C’est une projection de ce qu’on s’attend d’eux, mais eux, ce sont des étudiants libres! Libres à leurs manières. Ils ne choisissent pas le libéralisme basé sur des structures établies, mais un libre choix de suivre ce qui leur plaît, ce qui leur semble satisfaisant pour le moment. Ils sélectionnent leurs activités, leurs temps, leurs énergies, en fonction des intérêts qu’ils ont acquis en lien avec la vie qu’ils mènent, les cours qu’ils suivent et peut-être que peu sont centrés sur l’éthique, sur la réaction face aux injustices, ou peu importe, afin qu’ils se forment cette mentalité active qui tente à constamment remettre en question, et voulant améliorer son statut. Certains se distinguent et possèdent le bon réflexe de réagir, que ce soit de manière rigoureuse ou même radical… Mais avant de réagir en petit nombre, l’essentiel est de convaincre la majorité sur la vitalité de la réaction et faire comprendre en quoi consiste précisément l’idéologie par rapport à laquelle on se doit de réagir!!! L’idée revient alors à : comment conscientiser notre entourage sur l’importance des idées qu’on veut débattre. Et pour ce faire, encore une fois, l’argumentation afin de les convaincre ne peut en aucun cas inclure méfiance et rejet, mais plutôt ouverture, explication légitime et patience.
Lorsqu’on veut convaincre des individus à adhérer à quelconque idée, peu importe si l’on croit aux construits sociales ou pas, il va falloir échanger avec ce groupe (qui s’avère majoritaire dans notre cas) selon les manières qu’il a choisies, puisqu’on cherche LEUR appui, et parce qu’on s’attribut un attrait envers la démocratie, la diplomatie… n’est-ce pas? Et cette diplomatie va devoir être mise de l’avant, car j’ai bien peur que tout message perde tout sens de crédibilité, si elle n’est pas respectée.

