Par Anh Khoi Do
Même si ce film se veut aussi «commercial» qu’un film hollywoodien, le réalisateur Zhang Yimou (Hero) remplit sa mission de divertissement et demeure fidèle à sa réputation de réalisateur de la «sixième génération». Résultat : Curse of the Golden Flower aurait pu être un chef-d’œuvre, mais il comporte un défaut mineur.
Adapté de la pièce de théâtre L’Orage, de Cao Yu (1910-1996), le film se passe pendant la dynastie Tang, une période d’ostentation artistique, au 10e siècle. Quand l’Empereur (Chow Yun-Fat) a appris que sa femme (sa deuxième pour être plus précis) couche avec le fils aîné, Wan (Liu Ye), l’Empereur empoisonne l’Impératrice (Gong Li) à petite dose depuis des années pour lui faire perdre ses facultés mentales. Cependant, quand l’Impératrice apprend de la bouche d’une espionne la nature du «médicament» que lui donne l’Empereur, elle compte utiliser le prince Jai (Jay Chou) pour forcer son mari à abdiquer.
Contrairement à certains de ses films des années 1990, Zhang parvient à imposer le ton du film dès le début. Ce film suscite notre intérêt en évoluant comme un jeu de poupées russes dans lesquelles elles se retirent une par une pour illustrer la polarisation qui prévaut au sein de la famille impériale qui est décadente et, par-dessus tout, dysfonctionnelle. Bref, cela donne l’occasion à Zhang d’exploiter avec intelligence et subtilité la prémisse selon laquelle derrière l’or et le jade se trouve la moisissure, pour paraphraser un vieux proverbe chinois. Après tout, la famille impériale ne devait-elle pas être un modèle pour toute la Chine à une époque lointaine? Telle est l’ironie qu’exploite Zhang.
Cependant, derrière cet air de grande tragédie évoluant à un rythme de crescendo très excitant, Curse of the Golden Flower comporte malheureusement une faille dans le scénario. Effectivement, si on peut décortiquer les secrets de l’ensemble des personnages pour comprendre jusqu’à quel point la famille impériale est divisée et dysfonctionnelle, l’intrigue concernant la première femme de l’Empereur (ainsi que le «divorce» venant avec cela) s’avère incomplète lorsque les masques des personnages tombent à la toute fin du film. Bref, si le film est écrit avec une intelligence et une subtilité certaine, il laisse l’impression que des détails intéressants sur des personnages clés, en l’occurrence du passé de l’Empereur, manquent.
D’ailleurs, tenez-vous le pour dit : la performance des acteurs est bien au rendez-vous. Si Chow Yun-Fat (The Killer) joue son rôle avec assurance, Gong Li (Farewell my concubine), elle, nous étonne avec les nuances de sa performance pour jouer le rôle d’une femme manipulatrice et surtout séduisante. Ajoutez à cela une bonne performance par les acteurs de soutien, en particulier Jay Chou (Initial D). De plus, la photographie de Zhao Xiaoding (House of Flying Daggers) nous coupe le souffle – car elle nous rappelle le style de Christopher Doyle (Hero; 2046) – et masque un peu le goût amer laissé par la petite faille dans le scénario.
Finalement, même si le film est extrêmement divertissant (de l’avis de l’auteur de cette critique), ne vous attendez pas à voir un film d’action. Dans un autre ordre d’idée, Curse of the Golden Flower aurait pu être l’ultime chef-d’œuvre n’eût été d’un développement légèrement lacunaire de quelques personnages révélé à la fin du film. Cependant, mon avis est que ceux qui, comme moi, sont des fans du réalisateur Zhang Yimou ne devraient pas être déçus par ce film qui évite de tomber dans l’idiotie propre à certains films commerciaux quoiqu’on remarque quelques petites invraisemblances.
Note: 4/5
Curse of the Golden Flower
Chine (2006), 114 minutes
Scénario de Zhang Yimou, Wu Nan et Bian Zhihong
Réalisé par Zhang Yimou
Disponible en DVD

