Par Simon Beauchamp-Léveillé
À l’exception de mon aujourd’hui célèbre « ayoye câlice! » de l’année passée, peu m’ont vu réellement me fâcher. Mais attention, ici, je me gâte. J’écris ici une réplique à des articles « intellectuels » parus par le passé pour montrer que je suis capable moi aussi d’être insipide et pédant. J’écris ce texte en sachant très bien que je vise des gens en particulier, je ne m’en cache pas. Mais puisque je me fais envoyer me balader dans les roses dans certains articles, pourquoi ne pourrais-je pas rendre la pareille? M’inspirant de l’opéra de Kévin, j’ai divisé mon texte non pas en actes, mais en…
Coche 1
Et voilà un autre titre d’article qui se veut intellectuel, chiant et entièrement sans intérêt. Et qu’est-ce que je pourrais écrire dans cet article? Tiens, pourquoi pas de grands mots qui servent à décrire pas grand-chose, des phrases mal construites et des idées macropolitiques aéhumiennes que je rehausserai de propos incendiaires qui me donneront l’impression qu’en faisant chier les gens, je les ferai réfléchir. Mais avant de poursuivre, je vais me branler le cerveau en votre bonne compagnie et avec un peu de chance, vu que je vous suis intellectuellement supérieur, vous ouvrirez la bouche bien grande pour recevoir le résultat délicieux de ma pensée. Alors, voici : diatribe, pertinent, crétinisme enculatoire, sartrien (ho que je jouis!), méthode scientifique (double orgasme) et pourquoi pas terminer en beauté en déformant un mot : « desmauxcratie ». Voilà pour une bonne dose d’intellectualisme productif à souhait qui ralliera les gens à ma cause politique. À ce moment, j’imagine vos bouches débordantes de ma semence intellectuelle.
Coche 2
Ensuite, je veux vous dire que tout au long de mon texte, je vous parlerai directement en utilisant le « vous » (car je suis persuadé que vous serez nombreux à me lire). De cette manière, vous vous sentirez directement visés et je vais sentir que pour une fois, j’ai du pouvoir. Mais ne dites pas que je vous accuse! Je vous provoque. Ainsi, les Lumières de la Raison s’ouvriront à vous comme une révélation quand vous aurez compris que c’est vous qui avez toutes les tares et que je n’en ai aucune!
Coche 3
Je vous propose de vous envoyer chier : allez donc chier. Vous ne pensez pas comme moi alors allez chier. Mettez-vous ensuite à genoux devant moi et dites-moi que vous voulez tous et toutes la gratuité scolaire que je veux vous faire accepter depuis des mois à grands coups de marteaux sur la tête! Quoi? Vous ne voulez pas? Allez donc chier! Arrêtez de vous amuser, de boire de la bière, d’écouter et de pratiquer des sports, de socialiser et de faire n’importe quoi qui ne se rapporte pas à la politique et venez avec moi enculer des mouches pendant des centaines d’heures en élaborant de nouvelles politiques pour l’Aéhum qui ne toucheront que 300 personnes. Ça, c’est de la productivité! QUOI? Vous ne voulez pas encore? Pourtant, j’ai pris la peine de rendre la chose intéressante! Je vous envoie donc paître (ho quelle belle trouvaille, une autre séance d’autoadulation en vue) !
Coche 4
Vous n’avez pas encore compris, bande d’inférieurs amants du crétinisme, que votre salut réside dans votre participation à la vie politique de votre association étudiante! Réfléchissez : vous avez quinze heures de cours par semaine (si vous en avez moins, que la peste soit de vous misérables vermisseaux!) dans une semaine qui compte 168 heures. Ces quinze heures représentent donc 8,9% de votre temps. Ajoutez à cela le temps d’étude, disons 20 heures par semaine (en faire moins, c’est être antidémocrate), nous arrivons à un total de 35 heures, donc 20% de votre temps. Il est donc logique que vous dépensiez (ou consacriez, comme disait Duplessis) un autre 35 heures pour élaborer d’innombrables politiques aéhumiennes qui serviront à 300 personnes pendant 15 heures par semaine. Voilà le sens de votre vie, décrété-je. Et pliez-vous à mes ordres! Si vous ne voulez pas comprendre, si vous ne voulez pas écarter vos cuisses intellectuelles devant mon énorme phallus rationnel et politique, c’est dans le cul que je vais vous le fourrer!
Coche 5
Une autre chose encore : je veux que vous compreniez que c’est vous, la très, très grande majorité aéhumienne, qui avez tort, et moi, unique personne éclairée, qui ait raison. Vous avez tort, tort, tort, tort, tort, tort, tort! (Vous avez vu, j’ai mis sept fois le mot « tort » pour représenter les sept niveaux de conscience spirituelle. Vous ne l’aviez pas vu? Vous ne vous masturbez pas assez le cerveau, bonnes gens!) Acceptez mon marteau intellectuel et laissez-moi prendre mes idées et les marteler dans votre tête jusqu’à ce qu’elles rentrent! Vous avez tort vous dis-je! Seul moi ai raison, seul moi sais! Laissez vous invectiver (wow un autre mot que vous ne comprendrez pas!) et humilier, c’est pour votre bien.
Coche finale
Vous m’excuserez, mais avec tout cet énervement, j’ai joui dans mon froc (pour être plus intellectuel, j’utilise des mots français (de France)) en même temps que j’ai fait une montée de lait. Vous comprendrez donc (je vous ordonne de comprendre! (n’oubliez pas, j’ai toujours raison!)) que je dois aller m’essuyer. D’ici à mon retour, réfléchissez pour une fois, bande de cerveaux gélatineux qui ne peuvent penser lorsque je ne vous dis pas quoi penser. Je vous l’ordonne! Mais surtout, n’oubliez pas le plus important : allez chier!


Ciel que tu devrais nous montrer un peu plus souvent ton humour, Simon. En tout cas, la lecture de ton article à saveur humoristique fait drôlement ma journée!
Me sentant personnellement visé (et avec raison), j’aurais plutôt tendance à considérer cet article comme une dégradante insulte. Je reconnais que l’article ‘Diatribe Défécatoire’ est très pédant. Toutefois, cette réponse manque clairement de clairvoyance, ne serait-ce que par le mépris le plus profond pour la langue française.
Mais ce n’est pas tout. Une fois cette constatation établie, Simon spécule sur ma personne en y ajoutant : des «J’ai raison, vous avez tort», alors que mon objectif était de susciter le débat et non convaincre (si tel avait été le cas, je n’aurais pas été aussi violent dans ma critique); des calculs censés défendre un argument que je n’ai même pas avancé (à savoir que tout le monde devrait mettre X nombre d’heures pour des causes militantes); etc.
Devant cette critique, j’ai deux constatations : 1° je n’ai pas dû être suffisamment clair en mentionnant que mon souhait était de susciter la réflexion et le débat (c.-à-d. émettre ses idées ailleurs que dans sa tête); 2° j’aurais dû insister que je n’envoyais chier que les gens qui se refuseraient à cet exercice de pensée que je considère légitime.
Merci Anh Khoi pour ton commentaire. Comme tu l’as remarqué, mon article n’avait qu’un seul but: passer un message par l’humour. L’humour prenant des formes très diversifiées, j’ai décidé d’opter pour la caricature. J’en viens donc à répondre à Steve. Évidemment que j’ai écrit des choses dans cet article que tu n’as pas dites. Mon article est une caricature, il me semble que c’est plus qu’évident étant donné les propos démesurés que je ne tiens pas et la mise en scène de l’article par les “coches”.
Le but d’une caricature est de grossir énormément les défauts ou les traits d’une personne pour les faire plus ressortir. Mais une caricature peut en plus servir à faire passer un message, ce que j’ai essayé ici. Après les nombreux commentaires verbaux que j’ai reçus, tous et toutes ont saisi mon message. Mais c’est évident que si le véhicule pour faire passer ce message est énorme, le message paraîtra de la même façon. C’est pourquoi, chez les personnes caricaturées, certaines le prennent bien et d’autres non.
Mais il faut se rappeler une chose: l’article que j’ai écrit avait une saveur humoristique et n’était donc pas tout à fait sérieux.
Scusez, j’ai fait une erreur dans le premier petit paragraphe; il faut lire “étant donné les propos démesurés que je tiens” au lieu de “étant donné les propos démesurés que je ne tiens pas”.
Ce texte m’a bien fait rire également. Mais malgré l’étiquette ‘humour’ que l’on peut lui coller, il n’en demeure pas moins que les responsables du journal ont commis l’erreur de placer ce texte dans ‘opinions’. Petit conseil pour la prochaine fois, il serait bien de s’assurer que le texte humoristique soit placé dans la catégorie correspondante.
J’admire ta capacité à prévoir les réactions des gens vis-à-vis de tes articles, Simon. À ta place j’aurais probablement écrit un préambule de trois pages afin d’avertir le lecteur ou la lectrice que les propos qui suivent ont une intention humoristique. Mais bon, peut-être suis-je le seul égaré à avoir pris le second degré de ce texte trop au sérieux.
J’ai tendance à croire que malgré tout l’humour que l’on émet, il se cache toujours une part de sérieux. C’est pourquoi les humoristes ont tant de facilité à critiquer certains aspects sociaux, et pourquoi également on a trop tendance à ne pas comprendre qu’il peut y avoir véritablement une critique cachée dans la dérision.