Par Anh Khoi Do
Avec ce film, le réalisateur Robert Morin (Le Nèg) demeure fidèle à sa réputation au mauvais sens du terme: si son film se veut provocant, le scénario, lui, est très moyen. De plus, en tant que drame policier, ce film nous fait parfois rire à certains moments.
Le 11 septembre 2001, à Laval, Pierre (Sylvain Marcel), qui est accusé de pédophilie meurtrière, est mis dehors par sa femme même s’il clame son innocence. Chaque jour, il affronte le jugement sévère de ses voisins. De plus, ceux-ci le craignent encore plus, puisqu’une liste de délinquants sexuels est collée illégalement sur les lampadaires du quartier. Par contre, les choses tournent au vinaigre quand trois des cinq délinquants sont sauvagement tués et mutilés…
Êtes-vous intéressés à voir ce film après avoir lu le résumé? Baissez vos attentes! Avec une prémisse intéressante et un peu tabou, Que Dieu bénisse l’Amérique avait la chance d’être un digne précurseur de l’excellente et sombre télésérie canadienne Durham County. Or, du début jusqu’au trois quarts de l’histoire, ce film déçoit, car Morin n’exploite pas assez la thématique du film, c’est-à-dire la criminalité en banlieue.
Donc, au fur et à mesure que le film progresse, on sent que Morin perd de vue la raison d’être du film: traiter d’une manière équilibrée de 1) la justice faite par de simples individus contre les délinquants sexuels et 2) la réaction d’un voisinage face à la présence d’un criminel. Autant dire que Morin n’arrive aucunement à exploiter, comme ont su le faire les scénaristes de Durham County, l’ironie derrière l’idée reçue que la banlieue est un lieu sûr (si tel était son intention).
Comme si ce n’était pas assez, si le film veut avoir l’air d’un thriller, il est dépourvu d’intérêt. En effet, au lieu de plonger dans les coins sombres de la nature humaine, Morin se concentre inutilement sur les aspects les plus banaux de la vie des personnages (ex : magasinage, dîner dans un restaurant, etc.), ce qui nous donne un peu l’impression qu’aucune enquête policière (pour trouver le tueur/justicier mystérieux ainsi que le vrai pédophile) se déroule. Ajoutez aussi à cela les longueurs énervantes. Wow, quelle manière de développer les craintes des personnages qui croient vivre avec un pédophile dans leur quartier!
Malgré ces défauts, le seul moment où Que Dieu bénisse l’Amérique est intéressant, c’est à la fin. Cependant, l’identité du tueur/justicier semble nous avoir été balancée seulement dans le but de finir une fois pour tout ce film ennuyant et prétentieux. De plus, même si les personnages sont des caricatures des banlieusards, leurs interprètes semblent très bien se débrouiller. Par contre, si vous êtes un enthousiaste de vrais thrillers, regardez plutôt Durham County, dont la première saison est disponible en DVD.
Note: 2.5/5
Que Dieu bénisse l’Amérique
Canada (2006), 105 minutes.
Drame policier scénarisé et réalisé par Robert Morin.

