Par Kevin Audet-Vallée
Un jeune homme début vingtaine se réveille lentement et avec assurance. Emmitouflé dans sa demi-douzaine [Note de l’auteur : six] de couvertes, il se dit que ce matin est le plus beau de toute sa vie et qu’il ne voudrait plus jamais sortir de ce lit pour toute sa vie, tel que le souhaitait John Lennon, le dieu qui pend au dessus de son propre lit. Puis après ce moment d’extase sensoriel, il se décide à revenir à la triste réalité… et de regarder son infâme cadran!
Prenant son courage à pleines joues, notre héros des temps post-grunge décide donc d’ouvrir ses paupières beige-blanches, chose difficile à accomplir compte tenu qu’une crasse blanche-verte un peu sèche, dont le nom scientifique nous échappe à l’instant, les retient collées l’une à l’autre. L’acte enfin réussi, il retourne difficilement sa tête vers sa droite et tente distinguer les chiffres du cadran éloigné ce d’une manière dangereuse… il ne porte pas ses verres de contact…scandale!
C’est alors qu’une horde d’optométristes ninjas descend de son plafond, en geulant:«- Yaaaaaaaaaaaaa! Mets tes verres de contact connard!»
Notre héros décide donc de défendre avec fierté son droit à l’autodétermination oculaire et il se bat comme jamais, tandis le sang coule à flot partout dans sa chambre. Puis… il se réveille. Encore une fois, il s’était rendormi avant même d’atteindre le cadran. Décidé à ne pas rater son coup une deuxième fois, il retient ses paupières à l’aide de ses deux annulaires [Note de l’auteur : je leur ai enfin trouvé une utilité !] et essaie de distinguer l’heure. Ça y’est! Il réussit! Formidable!
Il est… 13h45. Encore une fois, il n’a pas aperçu le matin, tout comme à chaque jour de sa vie depuis le 21 août 2004, soit sa première journée de cégep. Hum… il devra encore trouver une excuse pour justifier son absence à une réunion académique de très basse importance. Après moult réflexions, il se décide pour le : « Ah, désolé, j’avais de la vaisselle à faire… tu me connais, je l’accumule puis après ça je dois la faire en toute urgence tandis que ma colocataire me menace avec son couteau à pain ! ». Ce à quoi tout le monde croira comme à l’habitude, puisque ses excuses génériques sont faites à la mesure de la personnalité qu’il projette, donc très crédibles.
Puis… il se rendort. Épuisé par la gymnastique intellectuelle qu’il vient de faire subir à son cerveau.

