Par Jérémie Thériault-Langelier
24 décembre, 00h41
Je me retrouve dans un abribus de Sainte-Anne-de-Bellevue, seul. Il neige assez pour me convaincre que c’est bel et bien la veille de Noël, que ma session d’enfer est réellement terminée et que ma solitude pourrait finalement me rendre heureux. Un vieil album d’In Flames joue dans mes écouteurs comme un brin de nostalgie – retour aux années du secondaire où la vie semblait plutôt sombre et peu joviale. J’arrête de penser à tous mes tracas passés – exploit inimaginable depuis longtemps – et je réalise comment j’ai bien pu arriver ici, le seul piéton à un kilomètre à la ronde, en pleine nuit, attendant mon lift qui me ramène chez nous. Vous allez voir, c’est d’une simplicité incroyable.
Ça commence avec un projet. Des amis qui décident de se rencontrer le lendemain d’une conversation routinière sur Internet, sans but précis, seulement se rencontrer, le 23 décembre, à 16h30. J’en fais partie. Depuis quelques temps, j’essaye de ne pas trop planifier ma vie. Mes activités sont rarement prévues plus qu’un jour ou deux d’avance. Vous devriez essayer, c’est plutôt simple, relaxant et ça peut apporter du grand bonheur.
Avec cette attitude en tête – tentant de me convaincre que des choses simples pourraient m’apporter un minimum de bonheur – je me rend d’avance à Montréal, à 9h30 du matin, en train, pour être certain d’être à l’heure au rendez-vous.
Bon. Là, prenez une pause et respirez car je sent que vous me trouvez cinglé d’arriver sept heures avant tout le monde. Mais sept heures bien remplies, vous verrez…
* * *
10h15 : Arrivée à la Place des Arts, je m’achète deux romans de fiction, je constate que le Musée n’ouvre pas avant 11h et je m’installe, café mocha à la main, pour dévorer la première nouvelle littéraire de ma récente acquisition. J’oublie les mots horaire, temps, stress et plusieurs autres termes agressants dans le même genre.
11h20 : Le Musée d’art contemporain m’offre sa nouvelle exposition de sa collection permanente. Je regarde, je lis tous les cartons, je marche très (trop) lentement et mon cerveau n’essaie surtout pas de tout analyser (les habitués de ce musée doivent comprendre). Je m’enivre quelques instants au son d’une musique classique et de son vidéo. Avant de partir, je m’assoie sur un banc en pierre dans le hall d’entrée. Moment de silence intérieur… ce moment qu’on oublie rapidement mais qui nous rappel, un bref instant, notre singulière humanité.
12h50 : Soupe tonkinoise en solitaire, avec le Complexe Desjardins comme décor, parmi la nuée de magasineurs encore trop pressés. Le ventre plein, l’esprit léger, mais mon cœur criant encore famine de ces moments uniques de la matinée, je part en direction du magasin. Lequel? Demandez plutôt à mes jambes, elles sont les seules responsables.
13h10 : boutique de vêtements : j’essaye quelques morceaux, j’aime, j’achète et je m’éclipse. Autre boutique : je regarde quelques trucs et je ressort. Je m’étonne, moi qui attrape un mal de tête après 30 minutes de magasinage. Pas cette fois-ci. Tout semble irréel et différent.
15h30 : Après 5 magasins et quelques kilomètres de marche, je me dirige vers le point de rencontre prévu pour 16h30, station de métro Bonaventure. Arrivé là-bas, je lis une autre nouvelle littéraire du livre de ce matin. Je regarde les gens passés en hâte dans le métro et j’aimerais bien leur offrir ma place, juste un court instant, pour qu’ils puissent voir ce que je vois.
16h45 : Je ferme mon livre, mon récit terminé, je regarde par-dessus mon épaule au loin et j’aperçois mes amis, au rendez-vous. Je les rejoins. Chaque pas me rapproche d’eux et je fais l’effort de sortir de ma bulle solitaire construite peu à peu depuis ce matin. C’est moi qui est arrivé en retard finalement, après tout. Et alors? Finalement, personne n’en tient rigueur.
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C’est ainsi qu’après des discussions électroniques la veille, quelques amis, moi inclus, se rencontrent un 23 décembre, en plein centre-ville de Montréal, perdus dans la foule des consommateurs « dernière minute » de Noël. Une poignée d’étudiants en liberté dans un océan de gens pressés. Quelle beau gâchis! Pour le reste de la soirée, je vous épargne des détails, par souci de ma vie privée et de celle de mes amis. Mais le plus important dans toute cette histoire, c’est que leur compagnie fut à l’image du début de ma journée : simple, enivrant, réconfortant, spontané et surtout, très humain.

