Par Frédéric Vachon
Le 19 novembre dernier, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) organisait une manifestation étudiante mettant de l’avant trois revendications : un réinvestissement massif dans les services sociaux, le retrait du secteur privé des institutions publiques et la démocratisation de la gestion des institutions scolaires. La plate-forme de revendications de l’AÉHUM comporte une revendication allant en ce sens. Néanmoins, n’ayant pas eu la possibilité de consulter les étudiants et les étudiantes en assemblée générale, nous n’avons pas consenti à y participer en tant que contingent de l’association étudiante. Nous y avons participé plutôt en tant qu’étudiants et étudiantes en colère (euphémisme). Voici comment elle s’est déroulée, selon ma mémoire et ma perspective.
Les manifestants et manifestantes, environ 200 à 300 personnes, réuni-e-s au Carré Berri ont débuté la marche vers 14h45. Des membres de Québec solidaire s’y sont joints, tentant, entre autres, d’accroître leurs résultats aux prochaines élections et de recruter du personnel pour apposer leurs affiches électorales. Bien pénarde au départ, la manifestation a gagné en dynamisme lorsque, de la rue, nous sommes descendu-e-s dans les catacombes de Montréal et avons fait métro populaire afin de déjouer temporairement les forces de l’ordre, qui étaient, à leur habitude, à nos trousses. Je ne suis pas certain de la station que nous avons empruntée, mais je crois qu’il s’agissait de Papineau. Lassé-e-s de l’ambiance un peu trop populaire d’Hochelaga (non pas qu’elle me déplaise, mais je doute que l’argent qui manque cruellement au système d’éducation se trouve dans les poches des habitants et habitantes de ce quartier), c’est au métro Peel que nous ressurgîmes et nous accaparâmes la rue. Sièges sociaux caressant les nuages, Mercedez, Hummer et VUS énergivores fourmillant dans les rues, voilà un endroit plus pertinent pour faire valoir nos revendications. À tout le moins, ces gens n’ont certainement pas la vie aussi difficile que l’ont présentement les étudiants et étudiantes du Québec ! Détaché-e-s temporairement des forces policières – répressives ou paramilitaires aux dires d’Yves Francoeur, chef de la Fraternité des Policiers et Policières de Montréal -, nous avons tranquillement continué notre marche. Mis à part quelques organisateurs et organisatrices « éclairé-e-s », personne ne savait vraiment où ce trajet nous mènerait. Cela ne nous empêcha pas de continuer notre route, épurant au passage les lampadaires des portraits des candidats et candidates aux prochaines élections. Étonnamment, ceux exposant le doux visage de Jean Charest étaient décrochés (euphémisme) d’une manière particulièrement brutale. Je dois par contre dénoncer le manque d’organisation à ce sujet. N’ayant probablement pas prévu le coup, il n’y avait aucun dispositif visant à ramasser ces pancartes, ce qui fit en sorte que plusieurs restèrent au sol après notre passage. Heureusement, nous allions bientôt quitter la rue de nouveau.
Arrivant au Square Victoria, nous passâmes par le parc et nous ruâmes vers la cour intérieure du Centre de Commerce Mondial. Le décor de l’endroit témoigne de la richesse qui y circule. Majestueuse fontaine en marbre noir, plantes exotiques, verrière, passerelles liant les deux bâtiments qui nos côtoyaient, petits balcons à chacun des étages, murs entièrement vitrés, voilà l’environnement dans lequel travaillent des centaines d’employé-e-s. On est bien loin de celui de MABE, l’usine dans laquelle j’insérais quatre vis dans le châssis d’une sécheuse, et ce, 700 fois par quart de travail… Un organisateur de la manifestation prit la parole, aidé d’un porte-voix légèrement défectueux. Les travailleurs et travailleuses repu-e-s sortirent de leurs bureaux pour aller aux fenêtres, aux balcons et sur la passerelle, se demandant visiblement ce qui troublait leur paisible journée. Nous avons retenu leur attention pendant une dizaine de minutes. L’orateur a fait valoir nos revendications et a scandé quelques diatribes à ces employé-e-s, qui jouent un rôle considérable au sein de l’économie de marché et du néolibéralisme grugeant, à grandes mordées, nos acquis sociaux et ne nous laissant qu’un os vermoulu auquel nous devons fournir la chair. Ayant perdu leur attention, nous quittâmes le bâtiment et nous réappropriâmes la rue. La noirceur tomba et il en fut de même de la température. Qu’importe, nous étions motivé-e-s et il en faudrait beaucoup plus pour nous arrêter. Bientôt, une autre occasion de se réchauffer se présenta. À quelques coins de rue de là, plus précisément au 500 René-Lévesque Est, se trouve un immeuble d’une vingtaine d’étages dans lequel siègent des fonctionnaires jouant un rôle dans les partenariats public-privé (PPP). Voilà la seule information que je détiens à son sujet… S’opposant à ces partenariats, l’ASSÉ n’avait pas omis d’y rendre une brève visite. Nous pénétrâmes dans le bâtiment et, brandissant la banderole rouge de l’ASSÉ, un porte-parole reprit le porte-voix et scanda quelques discours. Cette action n’avait pas la saveur de la première, mais fut tout de même appréciable par son symbolisme. La manifestation tirait à sa fin. Sorti-e-s de cet endroit, les étudiants et les étudiantes reprirent la rue jusqu’au Square Philips où elle se termina. Après quelques discours, nous nous dispersâmes, allant chacun et chacune rejoindre le métro le plus proche.
Le bilan de la manifestation est plutôt positif si l’on regarde le poids de nos actions par rapport au nombre que nous étions. Néanmoins, il est tout de même étonnant qu’après le dégel des frais de scolarité, la hausse des frais afférents, les plans de redressement de certaines universités (je pense à l’UQAM et à l’Université de Montréal) prévoyant de brutales coupures, les étudiantes et étudiants n’expriment pas leur mécontentement – ou ne sont tout simplement pas en désaccord avec les mesures adoptées… Le contingent qui parti de l’Université de Montréal ne regroupait pas plus de 15 personnes, malgré le fait qu’anthropologie s’était voté une levée de cours pour la manifestation. Du haut de la montagne, tout semble tellement plus beau…

