par Philippe Gendron
Que vous l’attendiez, la redoutiez ou vous en foutiez, voici ma revue des élections provinciales québécoises 2008.
Victoire libérale écrasante? Certains vous diront oui puisqu’ils ont eu ce qu’ils voulaient, un gouvernement libéral majoritaire. Après tout, c’est une chose nécessaire vu la présente conjoncture économique. Contrairement à ce que certains disent, il ne s’agit pas seulement d’un prétexte qui a servi à déclencher des élections dont personne ne voulait. On l’a bien vu lorsque les libéraux ont permis aux commerces d’ouvrir le 2 janvier. C’est une mesure pour l’économie qu’ils n’auraient pas pu prendre sans un gouvernement majoritaire puisque les partis d’oppositions n’auraient clairement pas entériné une mesure dont la population ne voulait pas. La façon dont l’annonce de cette mesure a été faite nous montre également une chose, comme il le dit lui-même si bien, Jean Charest nous a vraiment compris. En fait quelle annonce? Il n’y en a tout simplement pas eu. Les gens l’ont appris en regardant leur horaire au travail. Jean Charest nous montre ainsi qu’il a compris qu’il ne faut pas tenter de contenter les Québécois et Québécoises, mais les empêcher de chialer et qu’ainsi il sera réélu. De toute façon comme le ministre Béchard l’a dit, les magasins ne sont pas obligés d’ouvrir le 2 janvier, la décision leur appartient ce n’est donc pas la faute des Libéraux. C’est seulement moi ou on voit déjà ressortir le côté libéral qui leur a valu d’être le gouvernement le plus impopulaire de l’histoire québécoise?
Parce qu’il y a d’autres chats à fouetter, parlons ADQ puisque nous n’en parlerons plus beaucoup dans les années à venir. D’un chef sans parti, l’ADQ passe à un pas de parti sans chef. La droite a subi un dur coup lors de ces élections. Partant de l’opposition officielle à un tiers parti quasi inexistant, l’ADQ a reculé montrant ainsi la grande déception des Québécois et Québécoises à son égard ou même encore que le dernier vote en leur faveur n’était en réalité qu’un vote de contestation. De plus, ceci montre que Mario Dumont ne suffit plus. Il ne peut plus porter ce parti seul, ce qui l’a poussé à démissionner. La question que les gens se posent maintenant est : que deviendra le parti sans l’homme qui l’incarnait? Et bien, c’est simple, il disparaitra après quelques temps dans l’oubli. Il restera peut-être quelques temps en trame de fond, mais ne résistera pas au temps. Bref, il ira rejoindre l’Union Nationale, même parti avec un nom différent.
La chute de la droite s’est aussi illustrée par la montée de la gauche. Oui je parle ici de l’élection d’Amir Khadir et ainsi du premier représentant de Québec Solidaire à l’Assemblée nationale. On voit une nouvelle option pour la gauche québécoise émerger. On voit également par ceci que les magouilles politiques dans les élections ne sont pas réservées à la droite. On pouvait lire dans Le Devoir la semaine avant les élections que des sympathisants de Québec Solidaire ont proféré des menaces au candidat du Parti Vert dans le comté pour qu’il se retire laissant ainsi le champ libre à Amir Khadir. Monsieur Khadir, interrogé sur le sujet, a dit ne pas y avoir pris parti, mais ne les a pas condamnés non plus. Il les a plutôt qualifiés de normales. Comme quoi la gauche n’est aucunement parfaite et a également lu Machiavel.
Les derniers et non les moindres, ceux que je gardais comme dessert, les Péquistes. Ceux-là mêmes qui ont fêté le résultat des élections comme une victoire, en grande pompe. Certes, ils ont grandement repris des forces par rapport aux dernières élections, reprenant ainsi l’opposition officielle. Il est aussi vrai que leur réel objectif n’était pas de prendre le pouvoir. Ils savaient que cela leur était quasi impossible. Pour certains ils ont donc atteint leur objectif. Cependant, ils ont échoué dans leur objectif d’empêcher un gouvernement libéral majoritaire. De plus, un parti politique dans l’opposition restera toujours un parti politique perdant ne nous trompons pas. Cependant, le Parti Québécois est sur une ascension importante. Il regagne tranquillement la confiance de la population qu’il avait auparavant perdue. Il sera donc intéressant de voir ce qui se passera aux prochaines élections d’autant plus que les Libéraux ont de plus en plus de difficulté à obtenir le vote des francophones qui votent maintenant en grande partie pour le Parti Québécois. Est-ce un retour prochain de l’enjeu référendaire? L’avenir le dira.
Quoique nous disions, le plus grand gagnant de cette élection reste l’abstention. Nous avons assisté a un taux de participation désolant voir quasi antidémocratique. Ceci envoi un message important à Jean Charest qui l’a probablement compris, mais ne veut pas l’écouter. C’est une protestation massive à sa façon de gouverner en se foutant totalement de l’opinion des Québécois et Québécoises. Il reste toutefois dommage que ces gens n’aient pas été voter pour empêcher la réélection de monsieur Charest et lui donnant ainsi une illusion de victoire qu’il peut brandir devant tout le monde. Pourtant, nous savons tous qu’il s’agit bien d’une défaite, du moins pour la démocratie. Je m’engage cependant à rappeler chaque fois qu’il le sera nécessaire à notre premier ministre que le Québec n’est pas seulement le Québec jonché sur la colline, là ou les membres des conseils d’administration de grandes entreprises, bref la minorité de Québécois et Québécoises demeurent. Je brandirai ma pancarte haute et avec conviction de façon à ce que notre premier ministre puisse la voir du haut de sa demeure de Westmount. Il est temps que nous pensions à un avenir meilleur pour l’ensemble des Québécois et Québécoises. Libérons-nous des Libéraux.

