Pour faire suite à l’ éditorial concernant la pertinence des cégeps d’Antoine Richard, voici l’opinion de Louis Martel-Lafrance.

Par : Louis Martel-Lafrance

Tous les mois, nous avons droit à un beau spectacle, donné par nos très chers politiciens. Ceux-ci, à grands coups de discours préélectoraux, tentent de mouvoir les foules, de créer un effet de masse, qui les porterait au pouvoir. De temps à autre, c’est l’effet contraire qui se produit. Nous en avons eu la preuve en ce début d’octobre avec la très brillante intervention de M. Legault quant à la « nécessité » des cégeps. Un endroit où on apprend à fumer de la drogue et à décrocher. Bien qu’il se soit rétracté par la suite, parlant d’un projet à long terme et de seulement se concentrer sur la formation préuniversitaire, il n’en reste pas moins que ce ne fut pas sa meilleure idée. Les cégeps sont essentiels à la formation des universitaires de demain.

Vous n’êtes pas sans savoir à quel point la réforme de l’éducation au secondaire n’a pas eu l’effet escompté. Ayant eu récemment une conversation avec un enseignant au niveau collégial, la situation serait pire que ce qu’il y parait. Il est vrai que les nouveaux élèves de la réforme sont excellents lorsqu’il s’agit de travailler en équipe, ou d’utiliser des « compétences transversales », mais ils maîtrisent de moins en moins leur langue. Ils ne comprennent même pas leurs propres erreurs lors d’une production écrite. On leur parle d’accord de l’auxiliaire être ou avoir, ils répondent que c’est un « groupe verbal », et non un auxiliaire suivi d’un verbe. Ils écrivent comme ils parlent et ne voient pas le problème, car ils se comprennent entre eux. Heureusement, les enseignants des cégeps sont là pour les remettre dans le droit chemin. En deux ans, la majorité pourra atteindre un niveau admissible à des études universitaires.

Alors, le plan de M. Legault serait de remplacer le tout par une année de plus au secondaire? Une année de plus dans la réforme ne sera pas une bonne chose pour les étudiants et cela ne les préparera sûrement pas au niveau requis pour l’université. À l’entrée des élèves de la réforme au niveau collégial, les enseignants étaient prévenus qu’il faudrait peut-être baisser leur niveau d’évaluation, sinon trop d’élèves seraient en difficultés. Ces personnes seraient donc envoyées directement à l’université, où les rédactions sont plus longues, les lectures beaucoup plus imposantes et les critères autrement plus élevés? Suis-je le seul à ne pas voir beaucoup de sens à cela?

Les jeunes seront inadéquatement préparés à l’université, ce qui augmentera le décrochage que M. Legault considère si problématique au cégep… mais de toute façon, avec la montée des frais de scolarité, il n’y aura pas grand monde dans les universités, nous aurons une bonne sélection naturelle, n’est-ce pas M. Legault?